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Tchad

Tchad-RCA : 60 000 réfugiés centrafricains attendus au retour en 2026, un rapatriement sous conditions

Bâtiment officiel ancien, illustration générique

Treize ans après les violences politico-militaires de 2013 qui les avaient poussés à fuir, plus de 60 000 réfugiés centrafricains installés au Tchad sont attendus au retour dans leur pays au cours de l'année 2026. Ils représentent un peu moins de la moitié des quelque 140 000 ressortissants de la République centrafricaine encore présents en territoire tchadien.

Un exil qui dure depuis plus d'une décennie

Les déplacements massifs de 2013 et 2014 ont conduit des dizaines de milliers de Centrafricains vers le sud du Tchad, où ils ont été accueillis dans des sites et des villages hôtes des provinces frontalières. Une partie d'entre eux y a construit une vie économique et sociale, scolarisé ses enfants et développé des activités agricoles ou commerciales.

Cette durée d'installation modifie la nature du retour. Après treize ans, le rapatriement ne consiste plus seulement à raccompagner des personnes déplacées vers leur localité d'origine : il implique de réinsérer des familles dont une partie des membres, nés en exil, n'ont jamais vécu en République centrafricaine.

Les provinces tchadiennes concernées, elles-mêmes fragiles sur le plan alimentaire et sanitaire, portent depuis plus d'une décennie une charge d'accueil substantielle. La réduction du nombre de réfugiés y allégerait la pression sur les services publics et les ressources naturelles, sans supprimer les besoins des communautés hôtes.

Les conditions d'un retour durable

Le principe cardinal du rapatriement, tel qu'il est appliqué par les agences humanitaires, reste le caractère volontaire et informé de la décision. Chaque famille doit pouvoir disposer d'informations vérifiables sur la situation sécuritaire, foncière et sanitaire de sa zone de destination avant de s'engager.

Or la République centrafricaine demeure marquée par des zones d'instabilité et par une présence inégale de l'administration. La question foncière est particulièrement sensible : après plus de dix ans d'absence, de nombreuses parcelles et habitations ont changé d'occupant, ce qui expose les revenants à des litiges susceptibles de dégénérer.

L'accès aux services de base conditionne également la viabilité du retour. Écoles, centres de santé, points d'eau et pistes de desserte doivent être en mesure d'absorber un afflux concentré sur quelques mois, faute de quoi les mouvements de retour peuvent se solder par de nouveaux déplacements internes.

Un dossier régional qui dépasse le bilatéral

Les mouvements de population entre le Tchad et la République centrafricaine s'inscrivent dans un ensemble régional plus large, qui inclut le Cameroun et le Soudan. Le Tchad accueille par ailleurs un nombre considérable de personnes venues du Soudan depuis 2023, ce qui pèse sur ses capacités d'accueil et sur les financements humanitaires disponibles.

Le contexte budgétaire est précisément l'un des points d'incertitude. Les opérations de rapatriement volontaire supposent des moyens de transport, des kits de réinstallation et un accompagnement de plusieurs mois. Les réductions de financement humanitaire observées dans la région rendent ces enveloppes moins prévisibles.

Enfin, la réussite du processus dépendra de la coordination entre les administrations des deux pays. Documents d'état civil, reconnaissance des diplômes obtenus en exil, réinscription scolaire : ces aspects administratifs, souvent négligés, déterminent la capacité des revenants à retrouver une vie ordinaire.

⚠️ Article rédigé par la rédaction de Le Sahel TV