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Politique

Train de vie de l'État : le débat sur les 63 membres du gouvernement resurgit

Palais officiel vu de l'extérieur, illustration générique

Le décompte circule depuis plusieurs jours dans la presse camerounaise : l'équipe gouvernementale compte aujourd'hui 63 membres, en additionnant ministres d'État, ministres, ministres délégués, chargés de mission et secrétaires d'État. Le chiffre, relayé notamment par le quotidien La Nouvelle Expression dans son édition du 8 septembre 2026, nourrit un débat récurrent sur le coût de fonctionnement de l'appareil d'État à l'heure où les marges budgétaires se resserrent.

Un effectif gouvernemental parmi les plus élevés du continent

La comparaison mise en avant par les commentateurs est celle des grandes économies : plusieurs pays du G7 gouvernent avec des cabinets de vingt à trente membres. La comparaison a ses limites, car les architectures institutionnelles ne sont pas superposables. Un ministre délégué ou un secrétaire d'État camerounais n'exerce pas les mêmes attributions qu'un membre de plein exercice d'un cabinet britannique ou japonais, et les périmètres ministériels varient fortement d'un pays à l'autre.

Elle reste néanmoins révélatrice d'une trajectoire. Le gouvernement camerounais s'est étoffé au fil des remaniements successifs, par ajout de portefeuilles délégués plutôt que par recomposition d'ensemble. Chaque élargissement répond à des logiques politiques compréhensibles : équilibres régionaux, reconnaissance de sensibilités, gestion des attentes au sein de la majorité.

Le débat n'est pas neuf. Il refait surface à chaque annonce de remaniement, sans que les données consolidées sur le coût exact d'un membre du gouvernement — rémunération, cabinet, véhicules, résidence, frais de mission — soient publiées de manière détaillée. Cette absence de chiffrage public alimente autant la polémique qu'elle empêche de la trancher.

Une discussion indissociable du contexte budgétaire

Le débat prend un relief particulier dans une conjoncture marquée par une inflation persistante, un chômage élevé chez les jeunes diplômés et des besoins d'infrastructures considérables. Les rapports régionaux publiés ces dernières semaines soulignent la part croissante du service de la dette dans les recettes publiques des États d'Afrique subsaharienne, ce qui réduit mécaniquement l'espace disponible pour les dépenses d'investissement.

Dans ce cadre, la question du train de vie de l'État dépasse le seul effectif gouvernemental. Elle englobe le parc automobile administratif, les missions à l'étranger, les loyers administratifs et le nombre de structures publiques aux mandats parfois redondants. Plusieurs institutions financières internationales recommandent régulièrement des revues de dépenses portant sur ces postes, jugés plus rapidement compressibles que la masse salariale de la fonction publique.

À l'inverse, les défenseurs de l'organisation actuelle rappellent que la dépense de fonctionnement des cabinets ministériels ne représente qu'une fraction limitée du budget de l'État, et qu'une réduction du nombre de portefeuilles ne libérerait pas, à elle seule, les ressources nécessaires aux grands projets. Le débat oppose ainsi une lecture symbolique et une lecture strictement comptable.

Un sujet politique autant que financier

Au-delà des chiffres, la taille du gouvernement est devenue un marqueur du rapport entre gouvernants et gouvernés. Dans les régions du Septentrion, où les indicateurs de pauvreté restent les plus dégradés du pays, la perception d'un appareil administratif coûteux nourrit un scepticisme durable à l'égard des annonces de développement.

Les autorités mettent en avant, de leur côté, la nécessité de couvrir des secteurs de plus en plus spécialisés — numérique, économie verte, décentralisation, sécurité alimentaire — que des ministères généralistes ne pourraient pas piloter seuls. La spécialisation des portefeuilles est présentée comme une réponse à la complexification des politiques publiques.

Faute de données consolidées et publiques sur le coût réel de la structure gouvernementale, ce débat restera largement indécidable. Sa persistance dans l'espace public indique en revanche une attente claire : celle d'une plus grande transparence sur l'usage des ressources publiques, à un moment où l'effort demandé aux ménages est réel.

⚠️ Article rédigé par la rédaction de Le Sahel TV