La Société nationale de transport de l'électricité (Sonatrel) a lancé des appels d'offres internationaux pour la conception, la fourniture et la mise en service de lignes haute tension de 225 kV et de postes de transformation entre la région de l'Adamaoua et la frontière tchadienne, dans l'Extrême-Nord. Le premier lot porte sur 419,6 kilomètres de lignes. Ces travaux relèvent du projet d'interconnexion des réseaux électriques Cameroun-Tchad, qui doit permettre au Cameroun d'exporter 100 mégawatts vers son voisin.
Une dorsale électrique pour le Grand-Nord
Le tracé annoncé part de la localité de Wouro-Soua, dans l'Adamaoua, et remonte vers la frontière tchadienne. Il s'agit, en pratique, de doter les trois régions septentrionales d'une véritable dorsale de transport en haute tension, là où le réseau repose aujourd'hui largement sur des installations locales et sur le réseau interconnecté Nord, historiquement dépendant de l'hydraulique.
L'énergie destinée à l'exportation proviendrait du barrage de Nachtigal, d'une puissance installée de 420 mégawatts, situé dans la région du Centre. Le raccordement suppose donc, en amont, que la liaison entre les réseaux du Sud et du Nord du pays soit effectivement opérationnelle et suffisamment robuste.
Un appel d'offres n'est pas un chantier. Entre le lancement de la procédure, l'attribution, la mobilisation du financement et le démarrage effectif des travaux, plusieurs années peuvent s'écouler. La prudence s'impose donc sur les calendriers, comme l'ont montré d'autres projets d'infrastructure lancés dans le Septentrion ces dernières années.
Le solaire en appoint dans les régions du Nord
Parallèlement aux lignes de transport, plusieurs dizaines de mégawatts-crête de capacité solaire supplémentaire sont annoncées pour sécuriser l'alimentation des régions du Nord. Cette orientation répond à une contrainte physique bien identifiée : la production hydroélectrique du Septentrion dépend du régime des pluies et connaît des étiages sévères en saison sèche.
Le solaire photovoltaïque présente l'avantage d'une mise en service rapide et d'une bonne complémentarité saisonnière avec l'hydraulique : le rayonnement est maximal précisément lorsque les débits baissent. Il ne résout toutefois pas la question du stockage ni celle de la disponibilité nocturne, qui reste tributaire d'autres sources.
Pour les ménages et les entreprises de Garoua, Maroua et Ngaoundéré, l'enjeu se mesure surtout en heures de délestage évitées. Les activités les plus sensibles — santé, agroalimentaire, égrenage du coton, télécommunications — sont aussi celles qui supportent le plus mal les coupures répétées.
Exporter de l'électricité : opportunité et exigence
Vendre 100 mégawatts au Tchad transformerait le Cameroun en exportateur net d'électricité vers un voisin dont le taux d'accès reste parmi les plus faibles du continent. L'opération générerait des recettes en devises et renforcerait l'intégration énergétique régionale, un objectif porté de longue date par la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale.
L'exigence est symétrique : on n'exporte durablement que ce dont on dispose en excédent. Tant que des délestages persistent dans le Septentrion, l'annonce d'exportations soulèvera légitimement la question des priorités d'allocation, et ce débat devra être tranché publiquement plutôt que dans les seuls contrats.
La réponse technique existe : les contrats d'interconnexion prévoient généralement des clauses de priorité nationale et des mécanismes d'effacement. Encore faut-il qu'elles soient rendues lisibles pour les usagers, faute de quoi chaque coupure locale alimentera le soupçon d'une électricité partie ailleurs.