Le patronat camerounais a choisi le franc-parler. Devant la presse réunie le 10 septembre 2026 à son siège de Douala, à l'occasion de la deuxième édition de sa rentrée économique, le président du Gecam, Célestin Tawamba, a dressé un état des lieux sans complaisance de l'économie nationale, avec un point noir récurrent : l'électricité.
Une croissance portée par les services, l'industrie à la peine
Le constat de départ est macroéconomique. La croissance nationale est ressortie à 3,5 % en 2025, un niveau que le patronat juge modeste au regard des besoins d'un pays dont la population continue de progresser rapidement. Surtout, cette croissance reste essentiellement tirée par les services.
Or ce sont l'agriculture et l'industrie qui créent le plus d'emplois formels, notamment dans les régions de l'intérieur. Le Gecam estime que ces deux secteurs ralentissent, ce qui fragilise la capacité de l'économie à absorber les arrivées annuelles sur le marché du travail.
Ce diagnostic rejoint celui des institutions nationales de statistique, qui situent également la croissance camerounaise autour de 3,5 % pour l'exercice 2025. La convergence des chiffres donne du poids à l'alerte patronale, même si les analyses des causes diffèrent.
L'électricité, premier facteur de non-compétitivité
Le chiffre le plus commenté de cette rentrée est celui de l'énergie : selon le Gecam, 65 % des entreprises camerounaises sont contraintes de recourir à un groupe électrogène pour maintenir leur activité. Un mode de production nettement plus coûteux que le réseau, qui se répercute mécaniquement sur les prix de revient.
Pour les unités industrielles installées loin des grands centres de production électrique, l'addition est encore plus lourde. Dans le Septentrion, où le réseau reste tributaire des ouvrages de la Bénoué et où des projets de renforcement sont toujours en attente de leurs autorisations administratives, la contrainte énergétique pèse directement sur les coûts de transformation des productions agricoles.
Le patronat y voit la première explication du décrochage industriel. Une entreprise qui produit son électricité au gasoil supporte un surcoût difficilement compatible avec l'exportation ou même avec la concurrence des produits importés sur le marché intérieur.
Investissement public en baisse, fiscalité en hausse
Le Gecam relève par ailleurs une forte contraction de l'investissement public au premier trimestre 2026, alors que la pression fiscale, elle, continue d'augmenter. Cette combinaison a une conséquence directe sur le tissu productif : les petites et moyennes entreprises peinent de plus en plus à obtenir des crédits bancaires, faute de commandes publiques et de trésorerie.
Face à ce diagnostic, Célestin Tawamba a plaidé pour le « Made in Cameroon » et pour une protection plus ferme des entreprises nationales face à une concurrence étrangère qu'il juge parfois déloyale. Le patronat réaffirme toutefois son engagement aux côtés de l'État et annonce la tenue des Rencontres économiques du Cameroun en février 2027 à Yaoundé.
Reste à savoir quelle traduction ces alertes trouveront dans la préparation du budget 2027, actuellement en cours. Le débat sur l'arbitrage entre recettes fiscales immédiates et soutien à l'appareil productif est ouvert, et il concerne au premier chef les régions dont l'économie repose sur la transformation agro-industrielle.