Treize ans après les faits, la justice internationale a rendu son verdict. Mercredi 23 septembre 2026, la Chambre de première instance VI de la Cour pénale internationale (CPI) a reconnu Mahamat Saïd Abdel Kani, ancien commandant de la coalition rebelle Séléka, coupable de crimes contre l'humanité commis à Bangui en 2013. Une décision importante pour les victimes centrafricaines, même si l'accusé a été acquitté des charges de crimes de guerre.
Les crimes de l'OCRB
Selon le communiqué de la CPI, les juges ont reconnu l'accusé coupable, au-delà de tout doute raisonnable, d'emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté, de torture, de persécution et d'autres actes inhumains, constitutifs de crimes contre l'humanité. Ces crimes ont été commis à l'Office central de répression du banditisme (OCRB) de Bangui entre le 12 avril et le 30 août 2013.
La Chambre a estimé qu'en sa qualité de commandant de la Séléka chargé de l'OCRB, Mahamat Saïd, aujourd'hui âgé de 56 ans, avait agi avec l'intention et la connaissance requises. Il a été condamné en tant que coauteur direct. Les juges ont notamment retenu qu'il avait supervisé des passages à tabac et des mauvais traitements infligés à des détenus.
En revanche, la Chambre ne l'a pas reconnu coupable, au-delà de tout doute raisonnable, des crimes de guerre de torture, de traitements cruels et d'atteintes à la dignité de la personne.
Une procédure engagée depuis 2021
Mahamat Saïd Abdel Kani avait été remis à la CPI par les autorités centrafricaines en janvier 2021. Son procès, ouvert en 2022, s'était achevé fin novembre 2025 avec les plaidoiries finales de l'accusation, des représentants des victimes et de la défense.
Les faits jugés s'inscrivent dans la période qui a suivi la prise de Bangui par la Séléka en mars 2013, marquée par de graves violences contre les civils. L'OCRB, unité de police, était alors devenu un lieu de détention où des personnes soupçonnées de soutenir l'ancien président François Bozizé auraient été maltraitées.
Les parties disposent de 30 jours pour faire appel du jugement. La peine sera prononcée ultérieurement, à une date qui n'a pas encore été communiquée.
Un signal pour la justice en Centrafrique
Ce verdict est l'un des rares à viser un responsable de la Séléka devant la CPI, alors que la Cour s'est également penchée sur des chefs anti-balaka. Pour les organisations de victimes, il marque une reconnaissance officielle des souffrances endurées dans les lieux de détention de Bangui.
En Centrafrique, la Cour pénale spéciale, juridiction hybride basée à Bangui, poursuit elle aussi des auteurs présumés de crimes graves. La complémentarité entre les deux institutions reste un enjeu, tout comme la capacité de l'État à exécuter les décisions et à indemniser les victimes.
Le pays demeure fragile : des attaques de groupes armés, dont une récente incursion attribuée à la LRA dans le sud-est, rappellent que la sécurité des civils reste un défi majeur, plus d'une décennie après la crise de 2013.