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Septentrion

Route Ngaoundéré-Garoua : 30 milliards de FCFA d'avances versées, mais aucun lot au-delà de 5 % de travaux

Pont ferroviaire enjambant le lit d'une rivière

C'est l'un des chantiers les plus attendus du Grand Nord, et il avance au ralenti. Selon une revue des projets routiers à financement conjoint du ministère des Travaux publics (MINTP), rapportée le 25 septembre par Investir au Cameroun, aucun des cinq lots de la reconstruction de la route Ngaoundéré-Garoua ne dépasse 5 % d'exécution physique, alors que les quatre entreprises chinoises attributaires ont déjà perçu environ 30 milliards de FCFA d'avances de démarrage.

Des lots lancés fin 2025, une exécution qui peine à décoller

Le lot 1, confié à CGCOC Group sur une cinquantaine de kilomètres entre Ngaoundéré et le bas de la falaise de Mbé, illustre le décalage : l'entreprise a reçu 7,7 milliards de FCFA d'avance sur un marché de 38,6 milliards, pour une exécution physique d'environ 1 % alors qu'un quart du délai contractuel est déjà consommé depuis le démarrage officiel du 27 novembre 2025.

Sur le lot 2, entre la falaise de Mbé et le pont de Kéroua (39 km), China Harbour Engineering Company affiche 3 % d'exécution. China First Highway Engineering Company (CFHEC), titulaire des lots 3 et 4, en est à 0,4 % sur les 77 km entre Kéroua et le pont Salah, démarrés seulement le 15 avril 2026, et à 4 % sur le tronçon Salah-Ouro André. China International Water & Electric Corporation, chargée du lot 5 jusqu'au pont sur la Bénoué, présente le meilleur taux, à 5 %.

Pour les lots 1, 2, 4 et 5, lancés fin novembre 2025, près de 40 % des délais contractuels seraient déjà écoulés, selon le document cité. Les marchés doivent, d'après leurs calendriers, être achevés entre fin 2027 et 2029.

Contrôle technique incomplet et emprises à libérer

La revue pointe plusieurs goulots d'étranglement. Sur les lots 1 à 3, la mission de contrôle privée n'est toujours pas mobilisée : le contrat du groupement retenu reste en attente de signature, et une maîtrise d'œuvre publique assure l'intérim depuis janvier. Sur les lots 4 et 5, le groupement de contrôle a reçu son ordre de service le 25 août 2026, mais son personnel clé n'était pas encore entièrement en place.

Les entreprises elles-mêmes accusent du retard dans l'installation des concasseurs, des engins de terrassement, des bases-vie et des centrales d'enrobés. Sur le terrain, l'activité reste surtout concentrée sur le maintien de la circulation, les études topographiques et géotechniques et la préparation des bases.

La libération des emprises constitue un autre point de friction : les frais de fonctionnement des commissions chargées d'évaluer les biens affectés font l'objet de réserves de la Banque africaine de développement (BAD), et le tracé des 14 premiers kilomètres prévus en 2x2 voies à la sortie de Ngaoundéré doit encore être ajusté car il touche des propriétés privées.

Un axe vital pour le Grand Nord et le Tchad

La route Ngaoundéré-Garoua est le principal investissement du Programme d'appui au secteur des transports, phase 4 (PAST IV), dont l'accord de financement avec la BAD a été signé en mars 2025 pour un prêt d'environ 216,8 milliards de FCFA. Le MINTP évalue l'ensemble du programme, cofinancé par l'État, à 222,81 milliards de FCFA.

L'axe fait partie du corridor Douala-N'Djamena, par lequel transitent chaque année plus d'un million de tonnes de marchandises vers le Tchad, selon les statistiques citées par la presse économique. Son état pèse directement sur le coût du transport et sur la sécurité des usagers dans le Nord et l'Adamaoua.

Pour les populations et les transporteurs du Septentrion, l'enjeu des prochains mois sera de voir si la mise en place complète des missions de contrôle et des équipements permet enfin une montée en cadence. Le Sahel TV suivra l'évolution de ce chantier stratégique.

⚠️ Article rédigé par la rédaction de Le Sahel TV