Dans l'Extrême-Nord, la route Maroua-Bogo-Pouss se heurte à un problème de trésorerie. Selon un document présenté le 23 septembre 2026 à Yaoundé lors de la revue des projets routiers à financement conjoint, et rapporté par Investir au Cameroun, les deux entreprises chinoises chargées des travaux cumulent environ 12 milliards de FCFA de créances impayées, conséquence notamment de la clôture de l'accord de prêt de la Banque africaine de développement (BAD) le 31 décembre 2024, alors que les chantiers étaient encore en cours.
Des décomptes non réglés depuis janvier 2025
Depuis janvier 2025, les décomptes correspondant à la part de la BAD, qui finance 85 % des dépenses concernées contre 15 % pour l'État, ne sont plus payés, indique le document. CGCOC Group, titulaire du lot 1, fait état d'environ 9 milliards de FCFA d'impayés, dont l'essentiel sur la part de la Banque. Xinjiang Communication Construction Group, qui réalise le lot 2, affiche pour sa part environ 3 milliards de FCFA de créances.
Lors de la revue, un responsable de CGCOC a affirmé que l'entreprise n'avait plus reçu de paiement depuis près de deux ans. Le ministère des Travaux publics reconnaît de son côté que ces décomptes non réglés ont ralenti l'exécution du lot 1.
Deux chantiers à des stades très différents
Le lot 1 couvre la section Carrefour Bogo-Guirvidig, longue d'environ 33 km, ainsi que des voiries à Bogo et à Maroua. Son exécution atteint 84 %, pour un coût d'environ 24,7 milliards de FCFA hors taxes selon la communication du MINTP, qui a demandé à l'entreprise de renforcer sa mobilisation pour achever les travaux.
Le lot 2, entre Guirvidig et Pouss (près de 31 km) avec des voiries à Maga et Guirvidig, n'affiche que 42 % d'exécution pour un marché d'environ 24 milliards de FCFA hors taxes. Le ministre des Travaux publics a demandé un nouveau chronogramme détaillant contraintes, travaux restants et moyens nécessaires ; l'entreprise dit pouvoir terminer dans un délai maximal de huit mois.
Yaoundé demande la réouverture du financement
Pour apurer les arriérés liés au financement extérieur, le ministère de l'Économie (MINEPAT) a saisi la BAD par courrier le 20 août 2026 afin d'obtenir la réouverture de l'accord de prêt, selon le document de revue. Les paiements relevant de la contrepartie camerounaise se poursuivent, et de nouvelles ressources sont annoncées au titre de l'exercice 2026.
Parmi les options examinées figure aussi le transfert du reliquat des activités vers un autre projet actif financé par la BAD dans la région, le Projet d'aménagement territorial et de promotion du secteur privé dans l'Extrême-Nord. Aucune décision n'a été rendue publique à ce stade.
Ces marchés relèvent de la deuxième phase du Programme d'appui au secteur des transports (PAST 2), approuvée par la BAD en 2016. Pour les riverains du Diamaré et du Mayo-Danay, l'achèvement de cet axe reste une attente forte, tant pour les échanges que pour l'accès aux services.