Dans l'Extrême-Nord, l'administration durcit le ton face aux retards des chantiers routiers. Selon une revue du ministère des Travaux publics (MINTP) rapportée le 27 septembre par Investir au Cameroun, deux entreprises ont été formellement mises en demeure ce mois-ci, sur les axes Mora-Kousseri et Maroua-Moutourwa, pendant que les travaux de la route Magada-Yagoua restent loin du rythme attendu.
Mora-Kousseri : Zhonglin sommé de renforcer ses équipes
Sur la route Mora-Kousseri, artère vitale qui relie le Cameroun au Tchad par le pont de Ngueli, le groupe chinois Zhonglin International Construction, titulaire d'un lot d'environ 35,5 milliards de FCFA, a été mis en demeure le 2 septembre 2026. Le MINTP lui reproche une insuffisance de personnel d'encadrement sur le chantier et agite la menace d'une résiliation du marché si la situation n'est pas corrigée.
Le tableau n'est pas uniforme sur cet axe. La section Mora-Tchakamari, confiée au groupe Sotcocog, affiche environ 93 % d'exécution, ce qui en fait l'un des rares tronçons proches de l'achèvement dans la région. Deux autres groupements interviennent sur l'itinéraire : la société SOMAF associée au turc Metag İnşaat, pour environ 38 milliards de FCFA hors taxes, et les nigérians AA Hatlad Construction et JFA Construction, pour environ 47 milliards hors taxes.
Maroua-Moutourwa et Magada-Yagoua : le programme PAT à la peine
Le groupement Sotcocog/STAPORT, qui travaille sur la section Maroua-Moutourwa, a lui aussi reçu une mise en demeure, datée du 21 septembre 2026. Sotcocog, société d'origine tchadienne présente au Cameroun depuis 2011, détient à elle seule environ 75 milliards de FCFA répartis sur trois marchés dans le Grand Nord, selon le document cité.
Plus préoccupant encore, l'aménagement de l'axe Magada-Guidiguis-Yagoua, inscrit dans le Projet d'aménagement territorial de l'Extrême-Nord (PAT), ne dépasse pas 14 à 19 % d'avancement selon les lots, alors que plus de 80 % des délais contractuels sont déjà consommés. Les deux lots, d'un montant cumulé de 68,6 milliards de FCFA, sont exécutés par Sinohydro et Stecol, deux filiales du groupe PowerChina.
Un portefeuille de 465 milliards de FCFA sous surveillance
Ces difficultés s'inscrivent dans un portefeuille routier d'environ 465 milliards de FCFA couvrant l'Adamaoua, le Nord et l'Extrême-Nord, financé notamment par la Banque africaine de développement, l'Union européenne et la Banque mondiale. D'après la même revue, les entreprises chinoises y exécutent 10 des 16 marchés recensés, pour environ 306 milliards de FCFA, soit près des deux tiers de l'enveloppe.
Les entreprises camerounaises apparaissent peu comme titulaires principaux de ces contrats. Pour les usagers du Septentrion, l'enjeu est concret : ces routes conditionnent l'acheminement des marchandises vers le Tchad, l'évacuation des récoltes et l'accès aux services de base. Les mises en demeure constituent une étape formelle ; reste à savoir si elles suffiront à relancer les chantiers avant la prochaine saison des pluies.